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Témoignage du 3 juin 2021

 

"Aujourd’hui ça fait 6 ans que nous avons surmonté, (du moins essayé) la plus douloureuse des épreuves qu’il puisse arriver dans une vie, celle de perdre son enfant.

Aujourd’hui, j’ai envie pour la 1ère fois de vous raconter notre histoire, mon histoire, son histoire . Pas pour qu’on me plaigne, pas pour faire parler de moi, juste parce que j’ai envie qu’on arrête de garder notre mal pour nous, qu’on arrête de cacher notre tristesse, parce qu’on a besoin un jour de tous raconter, alors voilà pour moi c’est aujourd’hui ...

Ce 27 novembre, jour on nous devions connaître ton petit secret, fille ou garçon. On était tellement heureux, écho morphologique, je savais que c’était pour voir si tout allait bien mais surtout savoir le sexe, parce que pour moi tout allait forcément bien tu bougeais tellement.

A l’écho du 1er trimestre, tu avais tout ce qu’il fallait : 2 bras, 2 jambes, 5 petits doigts ... Tellement excités, voici notre tour, on était suivis à l’hôpital car avant ce petit bébé, j’avais connu une fausse couche et une GEU opérée en urgence donc nous voulions être suivi sur l’hôpital.

Elle commence à regarder son estomac, sa vessie, ses reins et là arrive le cœur ❤️. Pas un mot, un visage sans réaction, des sourcils froncés, un regard de temps en temps vers nous, la gynécologue nous dit de retourner en salle d’attente, le bébé n’est pas très bien placé, on ne le voit pas très bien, elle veut que le cardiologue vienne voir donc le lendemain, car le bébé aurait un petit souci au cœur mais selon elle, ce n’’est pas forcément « grave ».

On y retourne avec ma belle-mère, mon homme ne se sent pas bien pour y allez, et là 30 minutes sur le cœur avec le cardiologue et la gynécologue qui parle en technique médicale. Les plus longues minutes de ma vie, on nous montre rapidement son visage et nous dit c’est un garçon et vient le moment où on doit allez s’installer à son bureau.

On nous fait un schéma, nous explique au fur et à mesure que le cœur de mon bébé est très malade qu’il a 3 malformations et qu’il est impossible de le sauver …. Que nous pouvons essayer d’aller au bout mais qu’il n’y a pas vraiment de solution. Je regarde ce schéma, en pleurs, je ne parle pas, je n’y arrive pas, on nous explique qu’il va falloir allez voir une psychologue, avoir des rdv pour les examens, pour l’interruption de grossesse, qu’il faut attendre l’avis des autres médecins avant de prendre le rdv pour le jour J, que je vais devoir voir l’anesthésiste dans la foulée et j’en passe. Je n’arrive même pas à tout comprendre, la seule chose que je comprends c’est que mon bébé vit dans mon ventre mais qu’il va mourir que je vais le faire mourir ...

Je sors du cabinet devant tous ces parents qui attendent leur tour pour leur écho, en pleurs en courant dans les couloirs. Je me pose enfin sur un banc dehors devant la maternité, où je vois des mamans avec leur bébé dans le petit berceau ou dans leur cosy, direction la maison avec le sourire aux lèvres. Je n’arrive même plus à réfléchir, le monde s’écroule autour de moi, je sens mon bébé me donner des coups, je pleure ...

Il a fallu attendre 15 jours avant l’IMG. Je me suis rendue aux urgences en pleurs, je voulais qu’on enlève mon bébé toute suite, « Faite moi une césarienne, faite le sortir toute suite, c’est insupportable de le sentir bouger et savoir qu’il va bientôt mourir à cause de moi ». On me donne des médicaments pour me détendre, j’ai passé ces 15 jours enfermée chez moi à regarder mon ventre bouger à poser la main sur cette petite boule d’amour et imaginer son visage, imaginer ce que ma vie aurait été avec lui.

A apprendre un matin au réveil qu’une de mes meilleures amies avait accouché d’un petit garçon, j’étais tellement contente pour elle que son bébé aille bien mais au fond de moi tellement dévastée, triste et énervée que mon petit garçon à moi, dans quelques jours sera en train de mourir ... Alors qu’il me donnait d’énormes coups de pieds pour me dire « Hey, maman je suis là ... » il aura fallu 4 mois avant que je puisse allée voir le bébé de mon amie ...

Les rdv s’enchaînent, on nous parle d’enterrement, de livret de famille, de tenue à lui mettre le jour où il allait naître mais aussi le jour où il décéderait... ce fut impossible pour nous, je pleurais tellement, je voulais rien entendre de tous ce qu’on me disait. Ce jour du 10 décembre arrive, je rentre le soir, on me pose un « tampon » pour forcer l’ouverture du col de l’utérus, c’est douloureux mais je ne peux rien dire, j’ai le masque avec le gaz, je ne peux qu’attendre que la pose soit terminée ... Je rentre dans la chambre et perds bcp de liquide, on me dit que c’est le produit qu’on a mis mais finalement le lendemain matin j’apprends que c’était la perte des eaux ... Le matin très tôt, on m’installe pour la pose de la péridurale on me dit de souffler que cela va bien se passer « Mais comment ça pourrait bien se passer, c’est déjà l’enfer pour moi ». Je suis ensuite allongée, on place un drap bleu devant moi, le médecin commence à me faire une amniocentèse pour prélever du liquide amniotique pour les examens à faire mais plus de liquide... Ensuite arrive le moment où il injecte un produit dans le cordon ombilical de mon bébé pour l’endormir puis viens le « geste » comme les médecins appellent ... Et là ... la phrase qui restera toujours dans ma tête, la voix de cette sage-femme qui me dit « voilà, le cœur de votre bébé vient de s’arrêter à jamais ». Je ne pourrais même pas vous décrire l’état dans lequel j’étais moi-même, je n’y arriverais jamais à l’expliquer.... les contractions sont vite arrivées, la douleur était là malgré la péri, un travail de 21h ... comme n’importe quel accouchement, il faut attendre que le col s’ouvre ..

A 16h44, notre petit garçon arrive, sans un bruit, sans joie, sans rien, là tout mon esprit ce vide, mon cœur se déchire, petit morceau par petit morceau, je le vois il a déjà la peau qui a noirci mais il est si beau ... je lui touche la joue, sa petite main et je ne peux pas allez plus loin, c’est trop dur, c’est au-delà de mes forces, je m’effondre, j’ai qu’une envie c’est qu’on me laisse je ne veux plus parler à personne. Je rentre dans ma chambre quelques heures après des personnes de ma famille veulent me parler mais c’est impossible pour moi j’y arrive pas ... je pleure tellement que j’arrive à un moment où j’y arrive plus non plus, je suis vider de tout, je touche mon ventre inconsciemment en attendant de recevoir un coup de pied... je rentre chez moi le lendemain mes parents viennent me voir , avant qu’ils arrivent j’étais contente je me suis dit ça va me faire du bien et finalement une fois qu’ils étaient là, j’arrivais plus à leur parler, j’avais envie qu’ils partent, je ne pouvais pas expliquer dans quel état j’étais, je ne pouvais pas leur expliquer mon mal, ma culpabilité, ma haine, j’étais en train de mourir en silence je voulais hurler de toutes mes forces ..

Aujourd’hui ça fait 6 ans, c’est la première fois sans doute que même mes proches connaissent toute mon histoire, le moment où je ne pouvais pas en parler, beaucoup de monde voulait savoir et une fois que j’étais prête et que j’avais besoin de tout raconter de faire vivre mon bébé à travers notre histoire, peu de monde se sentait prêt à écouter tout ça , se sentait mal à l’aise ou alors avait des mots inappropriés qui font mal, même encore après tant d’années car finalement ils peuvent seulement imaginer ce que je ressens, voir que j’ai changé, que certain moment je peux être bizarre ou d’avoir des moments où tout va bien et 1h après tout va mal mais ils ne pourront jamais comprendre ce que ça fait à moins de l’avoir vécu malheureusement.

Aujourd’hui ça fait 6 ans que chaque noël est un moment très dur, je ne le montre pas pour mes enfants aujourd’hui et ma famille mais je n’aime plus noël ... J’ai eu deux autres enfants ensuite mais la peur, l’angoisse, les crises de panique ont été très compliqué durant mes grossesses et les accouchements aussi joyeux que douloureux car toutes les émotions se mélangeaient des flashs revenaient ! De raconter mon histoire m’a fait du bien car j’ai jamais osé par peur d’être jugée d’étaler ma vie, de faire peur.

Finalement, après ce long texte, je me dis que je ne méritais pas d’avoir traversé cette épreuve avec mon homme, que mon bébé ne le méritait pas et que je ne mérite pas non plus de souffrir en silence et donc je ne mérite pas d’être jugée pour avoir raconté notre histoire, mon histoire.

Il est notre bébé, mon bébé, notre premier amour, un enfant tellement désiré et attendu. Celui qui nous a fait devenir parents pour la première fois. Je suis maman sur terre et maman dans les étoiles.

 

A toi mon fils, je t’aimerais et je penserais à toi tous les jours jusqu’à mon dernier souffle ⭐"

 

Cassandra, Une mamange 😇"

MERCI BEAUCOUP DE NOUS AVOIR RACONTÉ TON HISTOIRE

A ton petit ange  😇